
Tension en Europe : une réunion confidentielle des diffuseurs nordiques avec un représentant de l’EBU aura lieu bientôt pour décider du sort d’Israël à l’Eurovision.
Stefán Jón Hafstein, président du conseil de diffusion de la chaîne islandaise, a brisé le silence en appelant ouvertement à l’exclusion immédiate d’Israël du concours Eurovision de la chanson. L’article qu’il a publié sur le site d’information islandais Vísir a déclenché un vif débat en Islande ainsi que dans l’ensemble des pays nordiques, et ses propos ont aussi trouvé un écho en Israël.
Parallèlement, Hafstein révèle que les dirigeants des diffuseurs publics nordiques se réuniront prochainement à Reykjavík, capitale de l’Islande, lors d’une réunion fermée et décisive à laquelle participera également un représentant de l’EBU. Ce dernier a été mandaté pour évaluer le climat au sein des pays nordiques — mais, selon toute apparence, plusieurs d’entre eux ont déjà formé leur position.
Six arguments – un signal fort depuis Reykjavík
Stefán Jón Hafstein expose dans son article six arguments majeurs pour justifier sa demande d’exclusion. En tête de liste figure le rapport de la commission d’enquête spéciale de l’ONU, qui conclut qu’Israël commet un génocide à Gaza. « Il est depuis longtemps évident que le gouvernement israélien viole le droit international, commet des crimes contre l’humanité, utilise la famine comme arme de guerre et planifie un massacre ayant causé la mort de dizaines de milliers de civils », écrit-il.
Son deuxième argument : plus de 200 organisations internationales, dont la Croix-Rouge, Amnesty International et divers organes des Nations unies, ont condamné la politique israélienne. En Islande, des centaines de syndicats se sont rassemblés sous le mouvement « Nation contre le génocide », organisant de vastes manifestations et appelant à un boycott culturel et commercial — y compris contre la chaîne publique nationale.
Selon Hafstein, même le fan club nordique de l’Eurovision aurait soutenu cet appel.
Deux poids, deux mesures ? L’exemple russe
Dans son texte, Hafstein compare la situation à l’exclusion de la Russie après son invasion de l’Ukraine. « L’EBU a décidé que la Russie avait terni la réputation du concours — et c’est exactement ce que fait le gouvernement israélien », écrit-il, accusant le conseil d’appliquer des critères doubles et incohérents.
« C’est une formulation polie pour désigner les absurdités prononcées afin de justifier la participation d’Israël mais pas celle de la Russie », poursuit-il. Il ajoute que la souffrance à Gaza n’est pas moindre que celle vécue en Ukraine et que, dans les deux cas, les dirigeants de ces pays sont « complices de crimes ».
Propagande, falsifications et censure
Le président de la chaîne islandaise accuse ensuite le gouvernement israélien d’avoir utilisé l’Eurovision comme un outil de propagande, en y investissant massivement pour influencer les votes. Il affirme également que la direction du concours aurait truqué le son en direct afin d’étouffer les protestations pendant les diffusions.
À ses yeux, il n’y a rien de « non politique » dans la participation d’un pays commettant un génocide tout en cherchant à obtenir une légitimité à travers la musique.
Hafstein estime que les actions d’Israël violent les principes fondamentaux de l’EBU, notamment la liberté de la presse et le service public. Il accuse également Israël d’avoir restreint l’accès des journalistes, y compris ceux appartenant à des chaînes membres de l’Union, et d’avoir censuré les reportages venant de Gaza. Les meurtres ciblés de journalistes représentent pour lui une autre « ligne rouge ».
Un appel à l’unité nordique ?

En conclusion de son article, Hafstein affirme que « l’espoir de paix doit se traduire en actions, pas en paroles ». Il appelle les pays nordiques à s’unir et à dire : « Cela suffit. »
Il cite également le président finlandais, qui a déclaré à la tribune de l’ONU qu’il fallait suspendre la coopération avec Benyamin Netanyahou et défendre les valeurs humanistes et l’esprit de collaboration internationale.
Lors de la réunion secrète prévue prochainement en Islande, les directeurs des diffuseurs publics nordiques échangeront leurs positions avec le représentant de l’EBU.
Bien que Hafstein tente de rallier d’autres chaînes à un boycott d’Israël, plusieurs d’entre elles arrivent à la rencontre avec une position déjà établie.
Anne Lagercrantz, directrice de la télévision suédoise SVT, a déclaré il y a deux semaines que la chaîne restait indépendante et ne prenait position ni pour ni contre la participation d’un pays, y compris Israël. « Nous sommes ici pour la musique et la culture », a-t-elle souligné.
Elle a aussi précisé qu’à la différence de la Russie en 2022, dont les chaînes publiques faisaient partie de la machine de propagande étatique, la situation d’Israël est différente car ses diffuseurs sont indépendants et non gouvernementaux.
Au Danemark, Gustav Lützhøft, rédacteur en chef de DR, a estimé : « Nous ne voterons pas pour exclure un membre de l’EBU tant qu’il respecte les règles. La participation du Danemark dépend d’un cadre international fort et apolitique, et nous n’appuierons pas l’exclusion d’Israël. »
En Norvège, le diffuseur public a également annoncé début septembre qu’il ne boycotterait pas le concours même en cas de participation israélienne — une déclaration ayant surpris de nombreux fans, compte tenu de la réputation critique de la Norvège envers Israël dans le cadre du concours.
La Finlande reste pour l’instant le seul pays nordique susceptible de soutenir l’Islande. Johanna Törn-Mangs, rédactrice en chef du service culturel de YLE, déclarait le mois dernier : « YLE est un organisme indépendant et neutre. Nous ne faisons pas de politique nationale. Cela ne veut pas dire pour autant que nous acceptons la souffrance humaine engendrée par la guerre. » Pour l’heure, le diffuseur finlandais n’a pas pris de position claire sur la participation d’Israël à l’Eurovision.
Israël à l’Eurovision 2025
“New Day Will Rise” est la chanson interprétée par Yuval Raphael, choisie pour représenter Israël après sa victoire dans la 11ᵉ saison de HaKochav HaBa. Israël s’est qualifiée pour la finale en remportant la deuxième demi-finale avec 203 points, et a terminé deuxième du classement général avec 357 points. Elle s’est placée première du vote du public, mais seulement 14ᵉ du jury.
C’est la troisième fois consécutive qu’Israël atteint le Top 5 — une performance jamais réalisée auparavant.
Eurovision 2026: Ce sera la 48e participation d’Israël à l’Eurovision. Israël a rejoint le concours en 1973 et l’a remporté quatre fois au fil des ans. La dernière victoire d’Israël a eu lieu à l’Eurovision 2018 avec la chanson “Toy” interprétée par la chanteuse Netta Barzilai.

